Accrochez-vous ! Mon parcours diagnostic de psy en psy…


Magali, alias Wonder Aspie Woman, partage son expérience autour du diagnostic de TSA , un parcours semé d’embûches face à des professionnels ancrés dans leurs croyances et préjugés sur l’autisme. Elle a écrit cet article il y a plusieurs années sur son ancien blog : peu de choses ont changé…


« Si ma différence m’est apparue très tôt, il m’a fallu beaucoup de temps ainsi que de courage pour enfin oser consulter. J’ai d’ailleurs parfois amèrement regretté de l’avoir fait… Naïvement, je pensais que les « psy » et surtout les psychiatres étaient nécessairement compétents, notamment au regard de leurs diplômes et de leur impressionnant CV pompeusement affiché sur une plaque rutilante. Mais je n’ai souvent rencontré qu’indifférence et/ou incompétence au cours de rendez-vous au timing limité (rarement plus de 15 à 20 minutes) pour un tarif exorbitant… »

Psy n°1, Dr G. (psychiatre-psychanalyste)

A peine majeure et tremblante à l’idée d’être confrontée pour la première fois à un psychiatre, je pousse fébrilement la porte d’entrée.

D’emblée, je me trouve nez à nez avec… Freud, enfin, son buste en marbre grandeur nature, plutôt. Après avoir salué le grand manitou et pas franchement rassurée, je prends place dans la salle d’attente.

Pour passer le temps, j’ai le choix entre les bouquins du pote Sigmund ou de vieux exemplaires miteux du journal de Mickey. J’attends longtemps la psychiatre, au moins une heure. Pendant ce laps de temps, son collègue, « psychanalyste » dixit sa plaque, reçoit 6 personnes différentes. Ce sera le cas à chaque fois que je patienterai. A peine entrée, la personne ressortira, et verra la porte se refermer à peine celle-ci franchie. Je ne savais pas qu’il existait des séances de « psychanalyse express » (bientôt la « psychanalyse-drive » ?). Bon, 60 euros quand même la consultation, vois-je sur l’écriteau dudit monsieur, dont j’explique désormais mieux le teint hâlé et la montre bien kitschissime…

Enfin, la psychiatre m’accueille. Enfin, si on peut parler d’accueil. Elle s’installe derrière son bureau, croise les mains sous son menton, me fixe droit dans les yeux, relève légèrement le coin de ses lèvres et… c’est tout. Moi, ma maman m’a appris à dire bonjour à la dame, donc je m’exécute (vous savez, le truc qu’on appelle « habiletés sociales »…) Pas de réaction. J’attends. Elle me fixe toujours avec son sourire en coin, qui commence à sérieusement me saouler. Que dois-je faire ? Je commence à paniquer. Alors je décide de lui remettre le courrier de mon médecin traitant, espérant que cela lancera une discussion. Elle fait un signe de dénégation de la tête. « Je veux que vous vous exprimiez, vous, parlez librement » « Ok, ma poule, mais de quoi qu’on cause ? ». De ce que je veux, paraît-il, alors je cause, sans jamais recueillir aucune réaction. En fin de séance, Mme G. me prescrit quand même des cachetons, en me disant qu’elle le fait de manière exceptionnelle parce que « ce n’est pas son rôle » (?).

Je la verrai 6 ou 7 fois, tentant de me persuader que les choses finiront bien par avancer au moins un peu, mais je me trompe. Lorsque j’évoquerai mes pics de compétence dans certains domaines, elle prendra enfin la parole, pour se moquer de moi… « Vous cherchez à vous comparer à des génies, parce beaucoup sont décédés jeunes et fous ». C’est cela, oui…

Psy n°2, Dr P. (psychiatre)

J’ai demandé à mon médecin traitant de m’orienter vers un psy plus bavard. Il l’est, et il est assez sympa aussi. Mais il est loin de mesurer mon état de souffrance. « Vous êtes sacrément anxieuse, dites donc ». Sans dec’, je n’avais pas remarqué, hein ! … Situé dans un quartier bien bourge, il est surtout habitué à voir des desperate housewives confrontées à des problèmes hautement existentiels du type ongle incarné ou infarctus du poisson rouge.

« Faut décompresser ! », me lance mon copain P. (ce n’est pas la première fois que je l’entendrai, ça !). Bon, on se marre bien, hein, mais à 55 euros la séance, ça fait quand même cher la partie de rigolade… Au bout de 7 à 8 séances dans la joie et la bonne humeur, je décide de ne pas revenir.

Psy n° 3, Dr PA. (psychiatre)

M. PA officie dans une vieille maison sombre pleine de courants d’air. Lors de ma première visite, les portes sont ouvertes et claquent, mais je ne vois personne et n’entends aucun autre bruit. Heureusement, un gros bonhomme finit par se matérialiser devant moi comme par magie alors que je songeais sérieusement à quitter les lieux (faut que j’arrête les films d’horreur…).

Il n’a pas l’air bien dans son assiette, mon nouveau psy, il a le teint pâle, fatigué, et semble faire un effort surhumain pour m’écouter. Et ce que je lui confie n’a pas l’air de franchement le passionner, comme en témoignent ses soupirs et ses fréquents regards vers sa montre, qu’il a posée sur son bureau entre nous deux. D’ailleurs, il n’hésite pas à me couper la parole à plusieurs reprises. De mon côté, je ne suis pas franchement à l’aise. Le bureau est glacial, je grelotte, et flippe beaucoup en observant le décor de la maison (tableaux représentant la chasse, un animal empaillé, etc). J’ai à nouveau envie de prendre mes jambes à mon cou.

« Bon, pour la prochaine séance, vous me lirez tel et tel ouvrage. Ils sont quasi impossibles à trouver mais bon, en cherchant bien… Vous prendrez des notes et on en parlera. »
Bon, je me dis que ça vaut peut-être le coup d’essayer… Après deux semaines de recherches pour trouver les ouvrages en question, finalement commandés sur internet, et 20 euros de dépensés (sur un budget d’étudiante, ce n’est pas rien !), deux autres rendez-vous au cours desquels le Dr attend ma « lecture des bouquins » sans rien évoquer d’autre, je finis par rapporter mes notes au psy, qui expédie notre analyse des ouvrages en une minute en concluant, d’un air pontifiant :
« vous voyez, vous vous reconnaissez dans les situations décrites hein (anxiété et angoisse de performance) ? Bah voilà ! Pour la prochaine fois, on s’intéressera à tel et tel bouquin ! »

Ou pas…Bye bye Monsieur le chasseur !

Psy n°4, Dr S. (psychologue)

Je rencontre Mme S. dans un cadre un peu particulier, celui de la maternité, dans laquelle je suis suivie pour une procréation médicalement assistée. Mme S. est une femme formidable, très à l’écoute, prête à vous recevoir à tout moment en cas de pépin. Et puis elle a beaucoup d’humour. Elle va jusqu’à plaisanter à propos de sa formation psychanalytique, de laquelle elle a pris, selon ses propres dires, de la distance.

J’aurais sincèrement aimé continuer à rencontrer cette personne, mais elle n’exerce pas en libéral. Une fois ma puce mise au monde, je dois dire adieu à Mme S., que je remercierai chaleureusement par courrier. Dommage pour moi, qui avait enfin rencontré une personne compétente.

Je m’interroge : dois-je désormais consulter un psychologue plutôt qu’un psychiatre ? Mon porte-monnaie répond à ma place : les consultations psychiatriques me sont remboursées en partie par la sécu, et dans une certaine mesure par ma mutuelle. Pas celles des psychologues…

Psy n°5, Dr G. (psychiatre)

Mme G. habite près de chez moi et m’est recommandée par mon médecin traitant, ce qui me semble constituer deux points positifs.

Le jour du premier rendez-vous, j’entre dans un immeuble récent, la petite salle d’attente est accueillante, chaleureuse, décorée avec goût (pas d’animaux empaillés…). A l’heure convenue, pas de retard (je suis impressionnée !), j’entre dans un cabinet qui semble de prime abord agréable, aux couleurs chaudes, mais saturé de plantes vertes.

Alors que j’entame à peine la conversation avec la psy, je commence à me couvrir de sueur. Pour moi qui suis atrocement frileuse, c’est plutôt étonnant. Il fait au moins 45°C dans la pièce. La faute aux plantes : tropicales ?! Je commence à me demander si les psychiatres n’ont décidément pas des soucis de régulation de leur température…

Mme G. est assez sympathique et sourit beaucoup. Le problème, c’est qu’elle se fiche éperdument de ce que je lui dis, et se moque bien de savoir si les « conseils » qu’elle me donne sont appropriés et fonctionnent. J’ai très vite la sensation qu’après les deux premières séances, elle s’est faite de moi une opinion qu’elle ne changera plus par la suite. Mme G. fait une fixation sur mon perfectionnisme, qui selon elle explique tous mes problèmes. Elle me fait d’ailleurs lire un ouvrage sur ce thème (tiens donc…), et tout comme son collègue PA, prend un air triomphant lorsque j’avoue m’être reconnue dans certaines descriptions.

Elle me préconise donc de « faire des listes avec une colonne pour le positif et une pour le négatif et de relativiser ». J’essaie, mais je n’ai pas grand-chose à mettre dans la première colonne… Mme G. me dit qu’il faut que je prenne l’exercice plus au sérieux. Mais ça ne marche toujours pas. Alors elle commence à changer de ton.

Plus je lui exprime ma souffrance, plus elle devient condescendante et ironique.
Elle ne supporte vraisemblablement pas que ses méthodes éprouvées ne fonctionnent pas sur moi. C’est forcément que j’y mets de la mauvaise volonté…
Un jour, d’un air agacé, elle me balance :
« Faut relâcher la pression. Détendez-vous, allez donc faire du shopping ! ».
L’instant auparavant, j’évoquais encore ma situation de chômage et le fait que nos séances étaient un luxe étant donné la situation…

Alors que j’en suis à ma 6ème ou 7ème séance avec Mme G., je découvre l’existence du SA, et me reconnaît dans sa description. J’essaie donc d’évoquer cette découverte afin de solliciter un avis. Pour toute réponse j’aurai :

« Vous, autiste, mouhaha, non mais n’importe quoi, mouhaha ! »

Je me sens perdue. Qui dois-je écouter ? Dois-je faire confiance à Mme G. qui ne m’accorde tout au plus qu’une attention distraite et semble peu m’apprécier ? Je décide que non. Adieu Mme G.

Psy n°6, Dr D. (psychiatre)

Mme D. est spécialiste de l’autisme. C’est elle qui amorcera mon bilan diagnostique. D’où mon stress lors de notre premier rendez-vous. Bon, la fille qui attend à côté de moi me stresse pas mal aussi, on dirait la jeune fille de The Ring (faut vraiment que j’arrête les films d’horreur…).

Je tiens entre mes mains un document d’au moins 6 ou 7 pages, dans lequel j’exprime tout ce qu’il me serait impossible de dire à l’oral. Je sais qu’en ce qui me concerne, les apparences sont trompeuses. Je cache ma souffrance derrière un masque parfait. J’ai peur que ce dernier ne conduise D. à des conclusions hâtives et erronées. Alors j’y tiens, à ce bout de papier que j’ai mis des jours à rédiger…

Mme D. m’écoute. M’écoute vraiment. Je n’en ai pas trop l’habitude, mais ça fait du bien

Nous nous voyons toujours, aujourd’hui, même si nos séances se sont espacées. Je suis en désaccord avec elle sur plusieurs choses, mais cela ne remet en cause ni sa compétence, ni la confiance que j’ai en elle.

Psy n°7, Dr V. (psychiatre et son équipe)

Je rencontre D. au cours d’une hospitalisation. Il est interne. Je perçois bien qu’il est sensible à ma situation, à mes difficultés. Il essaie de me comprendre. Mais il est débordé, je ne le verrai donc qu’à deux reprises et ceux qui l’assistent ne prennent même pas la peine de jeter un coup d’œil à mon dossier, dans lequel figure notamment mon bilan diagnostique. Cela donne lieu à de nombreux quiproquos et situations cocasses. On me reproche ainsi de « ne pas chercher assez à m’intégrer ou me mêler aux autres » ou de « ne pas enlever mon masque ».

Le jour de ma sortie, j’ai besoin d’une ordonnance. La chef de service, que je n’ai pas vue une seule fois de toute la semaine (j’étais censée la rencontrer chaque jour…) s’assoit à son bureau pour rédiger la prescription. Pas un mot, pas un regard. Elle me jette le document en travers du bureau et repart.

Psy n°8, Dr L. (psychiatre)

Je rencontre le Dr L. dans le cadre d’une association de réinsertion professionnelle. Il est censé être spécialisé dans l’accueil de personnes ayant un trouble psychique ou neuro-développemental.

D’emblée, il se montre hautain, désagréable et méprisant. Il s’adresse à moi d’un air agressif, par monosyllabes, m’envoyant balader si je lui demande de préciser sa question. Au milieu de l’entretien, après quelques questions portant sur les tâches ménagères, L. me sort, de but en blanc : « On dirait que vous prenez jamais d’initiatives, vous ! » d’un ton railleur et blessant, alors même que rien, dans ce qui avait été dit auparavant, ne pouvait l’amener à une telle conclusion, mis à part le fait que je ne possède pas le permis de conduire et que je laisse mon époux passer l’aspirateur… Je lui ai poliment répondu que si ne je prenais pas d’initiatives, je ne serais pas venue à notre rendez-vous, et, plus généralement, n’aurais jamais construit ma vie de famille… Chaque jour pour moi est synonyme de défis et d’initiatives, plus que quiconque.

M.L. me demande ensuite si je possède une bonne mémoire. Je lui réponds que cela peut fortement varier en fonction des domaines, en lui donnant des exemples concrets. Il me rétorque, sur un ton agacé, « je vous demande si vous en avez, ou pas ?! » (largement sous-entendu : « quelle abrutie ! »).

Lorsque nous abordons la problématique de l’emploi, j’ai droit à : « Et l’intérim ? », puis : « vous qui aimez la danse, vous avez qu’à être intermittente du spectacle ! », ou « et le théâtre ? Vous pouvez pas être comédienne ? ».

Lorsque j’ai évoqué l’idée d’une reprise d’études pour envisager une nouvelle profession, il m’a méchamment répondu avec un sourire en coin « ah, parce que l’expérience de votre mari, ça ne vous a pas découragée, vous ? » (mon mari a connu un échec dans ladite profession). « Et vous avez toujours pas de dettes ? Bah pourtant, vu la situation pas brillante, hein… ».

A ce stade de l’entretien, j’oscillais entre colère et envie de fondre en larmes.

Pour terminer, M.L me propose de participer à des ateliers d’habiletés sociales avec des déficients intellectuels. Je décline poliment la proposition, car je ne pense pas en avoir besoin. Il me rétorque, sur un ton goguenard : « si vous étiez si douée, vous seriez pas là, vous auriez pas échoué à trouver un emploi ». Fin de l’entretien…

Alors, selon vous, doit-on en rire ou en pleurer ?

Magali


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